J'ai pas l'impression d'avoir connu quelque chose de différent. J'ai l'impression d'avoir toujours été comme je suis. Ou peut-être simplement qu'avant, j'avais pas vraiment souffert, ou que j'étais trop jeune pour comprendre c'était quoi la souffrance... Aussi loin que je me rappelle, depuis que j'ai 13 ans que ma vie est un enfer. En fait. Oui. Plus j'y pense. Oui j'ai déjà connu autre chose. C'est vrai qu'à 11-12 ans, j'avais par fois du mal. Avec mes parents, en amour ou pour n'importe quoi d'autre. Mais à 13 ans... On dirait que je suis devenue une autre personne. Je sais pas si dans ces cas-là c'est la souffrance qui augmente, ou si c'est simplement notre capacité à y faire face qui diminue...
Je me rappelle encore comme si c'était hier la fois où je me suis fais dire que j'étais en dépression, y'a de ça plusieurs années. Une partie de moi le savait déjà. L'autre voulait pas le croire. Je sais pas pourquoi là c'est plus facile. Sauf que c'est aussi plus terrifiant. Je l'ai déjà vécu. Je sais ce que c'est. Je connais les symptômes. Je sais ce que ça cache. Mais j'ai pas envie que ça revienne. Et si au fond c'était jamais parti ? Dans les derniers mois, j'ai arrêté tous médicaments... Juste pour pas que la mention anti dépresseurs soit inscrite dans mon dossier médical. Ça m'aurait nuit au contrôle médical pour le CÉGEP... J'ai essayé de tout cacher dans l'espoir que j'allais me trouver une job plus facilement. Ça vraiment chié. Et pour le moment, tout ce que je veux croire, c'est que c'est pas revenu, que c'est autre chose, que y'a une autre explication. Et je pense que je me suis tellement mise en tête que mon cours collégial me sauverait... Que quand j'ai réalisé que c'était pas ça... Je suis retombée vraiment bas. Au stade où je dois avouer que j'ai encore un problème...
Ça fait mal au coeur quand tu sais que t'as dormi toute la nuit, toute la matinée, mais qu'à 15 heures t'as du mal à ouvrir les yeux... Et à 19hrs30 tu dois retourner au lit parce que tu tiens plus debout. T'as beau tout faire pour combattre cette fatigue, y'a rien à faire. Je commence à croire qu'elle est là pour nous faire passer le temps. Quand on dort, on ne souffre plus... Du moins, quand les cauchemars s'en mêlent pas...
Le tas de vaisselle sale ne suscite plus mon intérêt. Il grossit et grossit et j'ai même pas envie d'y toucher. Y'a plus aucun drap sur le lit. Je dors qu'avec la couette, et j'ai même pas envie d'y mettre un peu d'ordre. Je suis même plus capable de dire à quoi je pense. Je peux rester assise devant mon ordi, devant la télé, à contempler le vide, pendant des heures, sans penser à rien. Ça je m'en rends compte juste quand je regarde l'horloge et que deux heures se sont écoulées alors que j'ai l'impression d'avoir regardé l'heure 5 minutes plus tôt, et d'avoir rien fait dans ces 5 minutes, qui se sont en fait avérées deux heures. Le grattement de la chienne qui veut entrer ou sortir, le téléphone qui sonne, la minuterie du four... Devraient normalement provoquer des réactions, et je le sais que bien que trop...
Je suis triste. C'est tout ce que je sais. Pourquoi ? Je sais même pas pourquoi. Je me mets à pleurer sans raison et je peux plus arrêter les larmes de couler. Je pleure. Je sais pas pourquoi. Je sais que ça fait mal de pas savoir. Alors je pleure encore plus. Et dans ces moments là j'ai l'impression que tout autour de moi s'arrête, que je suis prise dans un tourbillon et que je m'en sortirai jamais. J'ai plus envie de rien faire. Je me désintéresse de l'informatique, de la musique, de l'extérieur, même de mes livres d'équitations.
Je suis extrêmement irritable. Je me mets en colère pour un rien, ou un rien me décourage et me fait pleurer. Je suis sur la défensive et tout ce que je veux trente secondes plus tard c'est me retrouver dans les bras de quelqu'un. Et à d'autres moments, il n'y a plus rien qui se passe en moi. Je suis vide. Je ressens plus rien. Et habituellement dans ces moments là je tombe endormie et la plupart du temps j'arrête de respirer... Fouiller moi pourquoi. Sauf que c'est là et je peux pas le nier, mon chum l'a remarqué plusieurs fois.
J'arrive plus à réfléchir. Tout ce que j'essaie de dire sors tout croche. Je trouve pas les mots. Tout s'emmêle. Je me perds. Et j'oublie tout. J'oublie ce que j'ai mangé pour mon dernier repas, j'oublie ce que mon copain m'a dit deux minutes plus tôt, j'écoute un film et dix minutes après le début je me rappelle plus ce qui se passait avant...
Tout est de ma faute. Mon copain me fait mal, mais c'est clair qu'un autre me ferait encore plus mal, et que n'importe quelle autre fille qui fréquenterait mon homme aurait pas mal. C'est moi qui arrive pas à pardonner, c'est moi qui arrive pas à oublier, et tout est de ma faute. Si je suis pas heureuse avec lui, je serai heureuse avec personne. Si ça fait si mal, c'est mon problème, c'est à cause de ce qui se passe dans ma tête...
Sois je dors pas assez, sois je dors trop. Je dors quatre ou cinq heures, je me réveille et j'arrive plus à me rendormir avant des heures. Et pendant ce temps je rumine. Et la tempête dans ma tête recommence. Ou au contraire, je dors des journées entières et je suis toujours aussi épuisée.
Je sais pas si je peux dire que j'ai été guérie. Parce qu'il y a eu quelques mois où je me sentais vraiment mieux. Je me sentais pas dépressive. Je me sentais pas comme maintenant. Alors pourquoi ça revient si c'était parti ? Pourquoi ça revient si longtemps après ? Parce que y'en restait une partie en moi ? Parce que j'arrive pas à affronter ce qui se passe autour de moi ? Si seulement je pouvais arrêter de penser au passé... Mais je peux pas. Ça se colle à moi et ça me tue de l'intérieur. Je suis pas capable d'oublier le passé. C'est mon problème. Y'a pas un spécialiste qui peut venir à bout de ça.
Je me disais que si j'avais un copain ça irait mieux. Je me suis alors aperçu que oui ça me faisait du bien mais que non c'était pas ça qui réglerait le problème. On m'a toujours privé de ma plus grande passion, mais comme je peux en vivre une partie maintenant... En gros j'ai pas envie de voir un médecin parce que j'espère que ce qui va m'arriver va m'aider à remettre de l'ordre...
Et puis ces peurs. Bien qu'aussi irrationnelles qu'elles soient, c'est un véritable handicap. Envers ce que je pense de moi même. Mais envers tout ce qui se passe autour de moi aussi. Les phobies stupides. La phobie de conduire. À un point tel que personne ne peut l'imaginer. Et à tel point ça me pourrit la vie. Personne comprends. Personne veut même essayer de comprendre. C'est peut-être normal après tout...
Les tremblements, les maux de ventres et les sueurs qui apparaissent dans l'espace d'un quart de seconde quand je dois lui parler de ce que me fait mal. Quand je dois ramener le passé sur le tapis. Quand je fais même juste y penser. Même quand je fais juste essayer d'aller le voir pour lui parler et lui expliquer ma douleur. Des frissons incontrôlables. La peur de ce qu'il va dire. La peur de ce qu'il va croire.
Tout ça. Alors que je sais à quel point c'est absurde ! J'ai beau me dire que telle ou telle chose ne peut pas me faire de mal. Que telle ou telle chose est pas si pire que ça. Que n'importe qui d'autre sans ferait pas pour ça. Je peux pas changer. Je le sais que c'est absurde, que c'est de peurs sans fondements. Mais c'est pris au fond de moi et ça s'en va pas.
Et ça c'est rien. C'est dans les plus petits cas. Autrement c'est de crises de panique incontrôlable, provoquées par une connerie ! Une télé qu'on ouvre et qui joue trop fort, un coup de frein un peu trop brusque, un reportage banal à la télé, une voix qui s'élève... Et parfois même sans rien. Ça m'oppresse. Je respire mal. Et j'ai toujours l'impression dans ses moments-là que je vais mourir et que y'a rien à faire. Ça déclanche une série de sentiments en moi. Sentiments que je ne suis même pas sûre de tous connaître... Ça, c'est pire que tout ce que j'ai déjà pu vivre. Parce que quand ça commence. Je peux pas arrêter de penser. Et je sais même pas si ça c'est déjà arrêté. Parce que y'a toujours quelque chose dans ma tête. C'est infernal.